Le droit à l'eau bafoué

A Rabat, Tanger et Tétouan, le fonds d'investissement anglais ACTIS reprend les activités de distribution d'eau et d'électricité gérées jusqu'alors par Véolia Environnement. Un meilleur pour le droit à l'eau ?
Naima Lahlou, ACME-Maroc, Marocco
Published: 5 years, 7 months ago (04/12/2013)
Updated: 4 years, 7 months ago (04/10/2014)

Le groupe Véolia, annonce avoir cédé toutes ses activités de distribution d’eau, d’électricité et d’assainissement qu’il possède au Maroc au fonds d’investissement Britannique ACTIS.

L’opération participera à hauteur de 370 millions d’euros au programme de cession de la société et  à hauteur de 88 millions d’euros au désendettement en 2013 aux collectivités.

Cette transaction n’a fait l’objet d’aucun débat public. N’ayant pas d’expérience dans le domaine ACTIS fait appel à un ancien directeur général de l’ONE (office national d’électricité) Younes Maâmar, et va bénéficier d’une assistance technique de Véolia pour les 3 prochaines années.

Le groupe français était présent via ces importants contrats de gestion déléguée au Maroc depuis 2002. Sur cette base, il opérait dans la distribution de l’eau et de l’électricité et la gestion de l’assainissement grâce à ses filiales Amendis à Tanger et Tétouan, et REDAL à Rabat-Salé. Ces activités représentent 3,4 millions de clients en eau potable.

Véolia explique son départ du Maroc par des considérations purement financières, visant à réduire son énorme endettement. Alors qu’en 2012 le groupe a réalisé un bénéfice net de 394 millions d’euros.

La réalité du départ de Véolia du Maroc est, sans aucun doute, les fortes contestations populaires contre les tarifications jugées «exagérées» pratiquées par Amendis et Redal.

Depuis 2011, avec l’éclatement au Maroc du Mouvement du 20 Février, Amendis avait fait l’objet de manifestations monstres à Tanger et Tétouan, scandant des slogans genre « Amendis, dégage! » et dénonçant une société qui offrait des services de faible qualité à des tarifs exorbitants.

Aussi parce que, la gestion de Véolia a été pointée du doigt par la cour des comptes dans son rapport de 2009 à cause d’un tas de dysfonctionnements constatés, et surtout pour la non réalisation des investissements à l’image de ceux réalisés en France et aussi le rapatriement illégal des bénéfices réalisés.  


Ce changement d'opérateur est interpellant, d'une multinationale disposant de compétences techniques, nous passons à un fonds d'investissement privé. L'absence de débat public, des considérations purement financière et non en termes d'apport technique, aucune discussion sur le prix de l'eau facturé, la qualité de l'eau, le traitement des eaux usées et les systèmes d'approvisionnement pour améliorer l'accessibilité à l'eau (etc.) sont à noter. 
Ce processus de changement d'opérateur n'a clairement pas pour but de contribuer à la concrétisation du droit humain à l'eau reconnu en juillet 2011 dans la Constitution marocaine, dont l'Etat est garant.