Journée Mondiale de l'Eau, Forum Social Mondial, UN Post 2015 Water Thematic Consultation et Global Water Summit : un lien ?

Comment, où et par qui sera concrétisé le droit humain à l'eau et à l'assainissement pour tous ?

Florence Higuet, IERPE, Belgium
Published: 6 years, 3 months ago (04/11/2013)
Updated: 6 months, 4 weeks ago (12/21/2018)

L'eau, une ressource non seulement indispensable aux êtres humains mais aussi à toutes les autres formes de vie, fait l'objet de multiples usages. Elle est ainsi convoitée par de nombreux acteurs aux intérêts divergents et parfois difficilement conciliables. En outre, l'impact du changement climatique, de la croissance démographique, de l'urbanisation et de nos modes de consommation sur cette ressource est indéniable.

Le 22 mars 2013, comme chaque année depuis 20 ans, c'est-à-dire depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro de 1992, était célébrée la Journée Mondiale de l'Eau.

Cette journée est l'occasion de rappeler les engagements des Etats en la matière au niveau international, dont notamment la concrétisation du droit humain à l'eau et à l'assainissement reconnu par l'Assemblée générale de l’ONU en 2010. Dans cette optique, l’Objectif du Millénaire pour le Développement n° 7 cible 3 vise la réduction de moitié d'ici 2015 du pourcentage de la population n'ayant pas accès à l’eau potable et à des services basiques d'assainissement.

Diverses ONG et associations partout dans le monde en profitent pour attirer l'attention des citoyens et des autorités sur les enjeux cruciaux relatifs à l'eau, source de vie.

Dans le cadre de cette journée symbolique, RAMPEDRE était ainsi présenté en ligne sur internet lors du Symposium organisé par Waterwheel.

Quelques jours plus tard, le 26 mars, débutait à Tunis le Forum Social Mondial, grand rassemblement d'échanges et de rencontres de tous les milieux, sur tous sujets, de tous les citoyens œuvrant pour « un autre monde » centré sur l'être humain et non sur le profit. La thématique transversale de l'eau a été bien sûr abordée dans diverses conférences et ateliers, que ce soit par exemple à travers la financiarisation de la nature, la fracturation hydraulique – fracking – qui ne connaît pas de frontières, la construction de larges barrages ou encore la privatisation de services publics comme solution à la crise économique. Plus particulièrement, la table ronde sur le droit à l'eau et à l'assainissement organisé le 27 mars a été l'occasion de nombreux témoignages – péruvien, grec, tunisien entre autres – et d'un brainstorming d'actions à venir aux échelles régionales et internationales pour concrétiser ce droit.

En amont du Forum, le 25 mars, était organisé le Water Justice Day qui regroupait plusieurs mouvements de citoyens du monde entier militant et œuvrant en faveur du droit à l'eau et de l'eau comme bien commun.

Dans quelques semaines,les 22 et 23 avril, sera organisé à Séville le Global Water Summit qui regroupera les « Water leaders » de notre monde ou, comme ils se dénomment eux-mêmes,« the interested parties to the water challenge«. Seront ainsi réunis : « water ministers and utility chief executives who take responsibility for water infrastructure », « Business leaders who rely on water to maintain their production », « Investors who are concerned about the impact of water risk on their portfolios » et « Engineers and water technologists who can provide the solutions ».

Il est étonnant que ni le simple citoyen, ni la société civile, ni les Nations Unies ne semblent être considérés comme des 'parties intéressées'.

Le titre du site internet laisse également perplexe : www.watermeetsmoney.com

Parallèlement à ces deux événements, le Forum Social Mondial et le Global Water Summit, organisés l'un par la Société civile, l'autre par le monde du business, les Nations Unies clôturaient leur Thematic Consultation The world we want sur les suites à donner aux Objectifs du Millénaire pour le Développement. L'agenda post-2015 en matière de développement verra l'adoption des Sustainable Development Goals – SDG - qui remplaceront les OMD. L'eau était une des dix thématiques abordées.

Si la consultation thématique sur l’eau a été de loin la plus visitée, les recommandations finales laissent pantois, étant peu innovantes et très générales. La conclusion principale est que la thématique de l’eau doit figurer comme un objectif en soi avec des indicateurs mesurables propres dans la future politique de développement post-2015. La responsabilité des gouvernements est répétée et l’approche droits de l’homme est mise en avant. L’accès universel à l’eau doit notamment être promu, et non plus seulement, la réduction de moitié du pourcentage de la population n’ayant pas accès à un système d’approvisionnement en eau. Il est étonnant qu’à de multiples reprises les bénéfices économiques de la gestion de la ressource d’eau soient pris comme argument d’action ; la seule reconnaissance d’un droit humain à l’eau et à l’assainissement ne suffirait-elle pas pour inciter à agir ?

On nous permettra également de déplorer que les répercussions de la consultation citoyenne et les interactions entre les différents types de stakeholders – citoyen, Agences de l’ONU, experts, représentants politiques, et le monde du business avec le CEO Water Mandate du Global Compact –, soient floues depuis le début et ne permettent pas d'évaluer la réelle représentativité et le poids d'une telle consultation.

Au final, la forme, la complexité et le déroulement de la consultation, les incertitudes quant à l’agenda de définition des futurs Sustainable Development Goals et l’ambiguïté de certains termes utilisés, amènent à à se poser des questions quant à la véritable finalité de cette consultation.

Certes, tous ces événements parlent d'eau, mais il semblerait qu'il y ait quelques divergences sur l'approche adoptée.

Pour de véritables avancées concrètes en matière d'accès à l'eau et à l'assainissement, discutées de manière démocratique et participative, durables d'un point de vue environnemental, social et économique et tenant compte des spécificités locales, les stratégies et les accords adoptés aux niveaux national, continental et international ne devraient-ils pas englober les citoyens de manière directe voire représentative ?

Le droit universel à l’eau est une affaire des habitants de la terre, et non pas des pouvoirs forts privés du monde.

Sources :

http://www.fsm2013.org/

www.watermeetsmoney.com

http://www.worldwewant2015.org/water

http://www.worldwewant2015.org/fr

Thematic Consultation on Water: Advanced Summary of Synthesis Report, March 22, 2013, http://www.worldwewant2015.org/fr/file/330228/download/358742, consulté le 6-04-2013.