"Marche nationale pour l'eau et la vie" pour l'établissement d'un nouveau Code de l'eau

La grande Marche vise à montrer les problèmes engendrés par l’actuel Code de l’eau et à promouvoir un nouveau Code qui considérerait l’eau comme un bien commun et en dehors des intérêts privés.

Marion Veber, IERPE, Belgium
Published: 5 years, 1 month ago (04/23/2013)
Updated: 3 years, 9 months ago (07/31/2014)

Cet article est largement inspiré de l'« Appel à manifester du 18 avril 2013 » lancé, entre autres, par L’Assemblée citoyenne Chili-France, le Mouvement Igualdad, ALDHEA, Terre et Liberté pour Arauco, la Coordination Eau Ile de France, ACME France et France Amérique Latine.

Ce lundi 22 avril 2013, la « Marche nationale pour l’eau et la vie » menée au Chili est parvenue à son point d’arrivée : le ‘Palacio de la Moneda’ de la capitale. En ce jour de la terre (‘Día de la Tierra’), les chiliens tenaient à manifester leur mécontentement et à exposer leurs propositions pour une amélioration du système de gestion de l’eau. En soutien à cette initiative chilienne, s’est tenue une manifestation devant le siège social de Suez Environnement à Paris.

La lutte contre la privatisation de l’eau est au cœur de la Marche. Les participants souhaitent l’élimination de tout instrument pouvant conduire à la privatisation de l’eau et de la terre, la fin du profit sur l’eau et l’établissement d’un statut de bien commun de l’eau.

Le Code de l’eau, adopté par Pinochet en 1981, et toujours en vigueur, a ouvert la voie à un modèle de gestion ultralibéral de l’eau considérant cet élément vital comme un bien économique. Il a entrainé la privatisation de presque 100% de l’eau de domicile de tout le pays. Il n’existe pas de modèle plus extrême que celui-ci en termes d’absence de l’Etat en matière de gestion et de propriété des eaux.

Or, après 32 ans de ce type de gestion, les chiliens tirent la sonnette d’alarme : l’accaparement de l’eau par les acteurs économiques a généré une détérioration croissante des écosystèmes, une diminution de la qualité et de la disponibilité de l’eau dans la nature et l’accroissement des inégalités hydriques. De plus, les bénéfices de la filiale ne sont pas réinvestis dans des actions de long terme tels que le renouvellement des canalisations ou l’amélioration du système de potabilisation et d’assainissement. D’après l’appel à manifester, Suez Environnement par le biais de sa filiale Aguas Andinas, est responsable, entre autres, de coupures intempestives d’eau de 2- 3 jours qui ont eu lieu dans la capitale cette année, d’inondations causées par la rupture de vieilles canalisations, d’un système de facturation pénalisant les plus démunis, d’une augmentation constante du « prix » de l’eau ou encore de la catastrophe de la centrale d’assainissement ‘La Farfana’ qui s’est soldée par des débordements des piscines de stockage...

Tous ces problèmes montrent que la seule dimension économique de l’eau ne permet pas une bonne gestion de ce bien. La gestion doit appréhender et englober de multiples aspects tels que la prise en compte de son caractère vital, la protection des écosystèmes, l’investissement de long terme pour la qualité du service ou encore la mise en place de tarifs non discriminant afin de garantir le droit à l’eau et à l’assainissement pour tous.

C’est pourquoi, les personnes et associations mobilisées demandent l’adoption d’un nouveau Code de l’eau considérant l’eau comme un bien commun et un droit humain fondamental. Les divers mouvements exigent la fin du profit sur l’eau, une propriété collective de l’eau, une gestion communautaire, démocratique, rationnelle, équitable et efficace de l’eau, l’établissement de priorités d’usages, une dérogation de tous les instruments rendant possible une privatisation de l’eau, une protection légale des écosystèmes hydriques et une restructuration institutionnelle.

Les manifestants français ont appelé Suez Environnement à donner une réponse claire quant à sa participation aux injustices hydriques dont elle est considérée responsable, à indemniser 6 millions de chiliens qui ont souffert des coupures sans préavis pendant plusieurs jours, à réaliser les travaux de renouvellement de canalisations et d’amélioration de l’assainissement et à s’expliquer sur le reste des informations signalées.

Sources

Paula CORREA, “Organizaciones alistan gran marcha por el agua: “Debe ser un derecho constitucional”, Radio Universidad Chile, 08/04/2013, http://radio.uchile.cl/noticias/204170/, consulté le 22/04/2013.

X, “Comunidades inician proceso de recuperacion del agua con marcha nacional el 22 de abril”, Observatorio latinoamericano de conflictos ambientales, 08/04/2013, http://olca.cl/articulo/nota.php?id=102999, consulté le 22/04/2013.

Appel à manifester du 18 avril 2013, http://www.france-libertes.org/IMG/pdf/cp_marche_eau_chili_manifestation_suez.pdf, consulté le 22/04/2013.