Et Afrique : Un accès à l’eau tiède.

Il y a quelques mois la Cour des comptes européenne remettait un rapport mitigé sur l'aide au développement de l'Union Européenne en eau potable et assainissement de base dans les pays subsahariens
Gilles Toussaint, journalist for La Libre Belgique, Belgium
Published: 5 years, 9 months ago (01/19/2013)
Updated: 4 years, 4 months ago (06/12/2014)
L’Europe soutient de nombreux projets d’accès à l’eau potable en Afrique. Le manque de durabilité de bon nombre d’entre eux est pointé du doigt.

C’est un bulletin en demi-teinte que vient de rendre la Cour des comptes européenne à un pan important de la politique d’aide au développement de l’UE. Au cœur de celui-ci, les projets d’approvisionnement en eau potable et en services d’assainissement de base dans les pays subsahariens. Une zone où la situation en la matière reste particulièrement critique puisqu’en 2010, 39 % de ces populations n’avaient toujours pas accès à une eau de consommation de qualité et 70 % à des toilettes ou des latrines raccordées à un réseau d’évacuation correct.

La Cour s’est ainsi penchée sur un échantillon de 23 projets financés par l’Europe dans six pays bénéficiaires. Il s’agit, par exemple de l’installation d’une borne-fontaine dans une école en Tanzanie ; du forage de puits dans des zones rurales du Ghana ; de l’implantation d’une station d’épuration en Angola ; ou encore de programmes de sensibilisation à l’hygiène au Burkina Faso.

Au rayon des satisfactions, la Cour note que l’ensemble des équipements a bien été installé et se trouvait en bon état de fonctionnement au moment de son audit. Ceux-ci font en outre globalement appel à une technologie standard disponible dans les pays concernés, ce qui les rend donc techniquement durables.

Là où le tableau se gâte, c’est sur l’efficacité des projets en question : moins de la moitié d’entre eux permettent en effet de répondre aux besoins des bénéficiaires de manière satisfaisante, relève la Cour. En outre, dans près d’un tiers de ces programmes, les communautés locales qui doivent gérer ce matériel sur le terrain ne possédaient pas les compétences techniques pour en assurer l’entretien et les réparations, ce qui les a empêchées de réellement s’approprier les projets. Une situation qui se traduit en pratique par la non-utilisation des infrastructures en question. En raison de l’absence de données pertinentes, il est par ailleurs impossible d’évaluer les apports de ces projets en termes d’incidences sociales et environnementales, même si de bons et de mauvais exemples ont été observés.

Bémol supplémentaire : pour une majorité de ces projets, les résultats et avantages ne tiendront pas la distance sur le moyen et long terme si un système tarifaire n’est pas mis en place pour assurer leur viabilité financière (frais de fonctionnement, d’entretien ), estime la haute juridiction européenne. Et de citer en exemple le cas d’installations implantées dans 24 petites villes du Nigeria. Faute d’alimentation en électricité efficiente, les pompes doivent normalement fonctionner grâce à l’appui de générateurs de secours utilisant du gazole. Mais le prix élevé de ce carburant a pour conséquence un faible taux de fonctionnement de ce service.

Un point sur lequel Arnaud Zacharie, le secrétaire général du CNCD-11.11.11, se montre plus prudent.
"Tout dépend du contexte, souligne-t-il. Dans les zones rurales où l’on trouve les populations les plus pauvres, leur demander de payer ce service alors qu’elles n’ont pas d’argent revient tout simplement à ce qu’elles n’y aient pas accès. Il faut réfléchir à la viabilité financière dès le début d’un programme, mais dans un premier temps celle-ci peut être assurée par des ressources issues de fonds d’aide. Il faut d’abord permettre à ces personnes de générer des revenus en intégrant par exemple un programme d’irrigation durable permettant d’augmenter les rendements agricoles qui vont générer des bénéfices. Dans une 2e phase, on peut alors mettre en place un système tarifaire".

Aux yeux de la Cour des comptes, qui relève également un manque de suivi et de contrôle, la Commission européenne doit donc resserrer sa politique en la matière.

Du côté du cabinet du commissaire en charge du Développement, Andris Piebalgs, on accueille ces critiques "nécessaires" avec fair-play en reconnaissant leur utilité. Mais on souligne néanmoins que cet audit n’offre qu’une "photo prise à un moment donné sur un échantillon limité de projets" qui ne permet pas de tirer des conclusions générales. Les 23 dossiers retenus représentent un montant de 219 millions d’euros, alors que le montant des contrats en ce domaine passés par la Commission entre 2001 et 2010 dépasse le milliard d’euros et concerne 46 pays d’Afrique subsaharienne. Depuis le passage des auditeurs, des correctifs ont en outre été apportés à certains des projets mis en cause et des groupes d’appui à la qualité encadrent désormais tous ces programmes afin de renforcer les chances de voir ceux-ci atteindre leurs objectifs.

Source :

Cet article est paru dans La Libre Belgique ; il a été mis en ligne le 04-10-2012 :
Gilles Toussaint, "Un accès à l'eau tiède", 04-10-2012, La Libre Belgique, http://www.lalibre.be/archives/divers/article/764556/un-acces-a-l-eau-tiede.html, consulté le 16-01-2013.