Accès à l'assainissement: l'Afrique se projette au-delà de 2015 avec plus d'ambitions

L’Afrique a tourné son regard au-delà de 2015. Elle a accusé un retard en matière d’accès à l’assainissement. Elle se prépare à accélérer la cadence avec d’autres objectifs.
Idrissa Sane, Dakar
Published: 6 years, 2 months ago (09/20/2013)
Updated: 11 months, 4 weeks ago (12/21/2018)

Article d'Idrissa Sane

Les regards sont désormais tourner vers l’après 2015. Les pays africains ne seront pas au rendez-vous, à cet horizon. Ce constat est symptomatique des efforts qui restent à fournir, du chemin qu’il reste à parcourir. Le taux d’accès à l’assainissement est plus faible. Le Tchad a un taux officiel de 13 %. Le Burkina Faso est à 27 % pour le milieu urbain et environ 3 % pour le milieu rural. Celui de la République Démocratique du Congo, et le pourcentage de la République du Congo ne sont pas non plus reluisants. Au Bénin 87 % de la population n’ont pas accès aux services de base de l’assainissement tandis qu’en Mauritanie cette proportion est de 19 % pour la campagne. Les experts sont formels sur la situation de l’Afrique de l’Ouest. «Si l’on se réfère au récent rapport de suivi conjoint de l’OMS et de l’Unicef, la situation de l’assainissement demeure très problématique en Afrique sub-saharienne et particulièrement dans notre région. Aucun pays n’est sur la voie d’atteindre la cible sur l’assainissement. Selon ce rapport publié en 2013, seuls le CAP-vert et la Gambie sont considérés comme des pays ayant fait des progrès encore insuffisants pour atteindre cet OMD », a laissé entendre David Delienne, Conseiller régional Wash, de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Les experts, les représentants des ministères et les acteurs de la société civile en conclave, à Dakar, dans le cadre de la réunion d’AfricaSan, ont esquissé les nouvelles stratégies pour accélérer la cadence. Le temps presse. Des millions de personnes n’ont pas encore accès à un assainissement décent. Plus de 2, 5 milliards sont privées d’installations sanitaires adéquates. Au fond, ce retard a comme tréfonds, la modicité des fonds alloués à l’assainissement et à l’hygiène. Jusqu’à une récente période, ce secteur n’était pas une priorité. Il y avait une vision et une perception réductrices partagées par plusieurs Etats. L’assainissement et l’hygiène se déclinaient en termes de construction de latrines et dans une moindre mesure à la réalisation des canalisations. Fort heureusement l’heure des changements a sonné. Il y a un frémissement à plusieurs niveaux.

Il y a une panoplie de solutions. Parmi ces dernières, il y a l’impérieuse nécessité d’augmentation du budget alloué à ce secteur. C’est connu. L’assainissement est le parant pauvre. Même si les choses commencent à bouger. La preuve, le budget du Tchad pour l’eau et l’assainissement est passé de 9 milliards de francs Cfa à 20 milliards à l’espace de 2 ans.

L’autre point remis sur la table, c’est la lutte contre les inégalités. Faudrait-il, le rappeler, que les pauvres sont toujours les parents pauvres en ce qui concerne la répartition des ouvrages. Les quartiers mal urbanisés sont victimes à la fois de la pauvreté et de leur mal urbanisation. Raison pour laquelle, la réduction des inégalités est au cœur des prochaines approches. «Quelle que soit la forme que prendra le programme de développement de l’après 2015, il faudra que l’approvisionnement en eau potable, en assainissement et en moyens de garantir l’hygiène y occupent une place prioritaire », renseigne un rapport sur « L’approvisionnement en eau, l’Assainissement et l’Hygiène ». Le rapporte ajoute :
« un accent sur Wash est en cohérence avec une approche axée sur les droits de l’homme visant à réduire les inégalités et la pauvreté. Le manque d’accès à Wash affecte les populations désavantagées dans tous les pays, riches comme pauvres et constitue un indicateur certain de l’inégalité dans les pays à revenus intermédiaires ».

Les objectifs de l’après 2015 sont ambitieux. Ils sont réalistes. La fin de la défécation à l’air libre, l’équipement des établissements scolaires et sanitaires avec des installations d’approvisionnement en eau, en assainissement et hygiène figurent dans les nouvelles orientations.

Au juste, pour l’horizon 2025, il est souhaitable que personne ne défèque à l’air libre et que les inégalités de la défécation dans la nature soient éradiquées. Pour 2030, l’idéal est que tous disposent à domicile d’un accès à un approvisionnement basique en eau potable et à une installation pour se laver les mains dans des écoles et dans les centres de santé. L’Afrique prépare l’après 2015. Une lueur d’espoir se lève à l’horizon avec un début d’accroissement des budgets dans plusieurs pays.

Idrissa SANE, "Accès à l'assainissement : L'Afrique se projette au-delà de 2015 avec plus d'ambitions", West Africa WASH Journalists Network, 12-09-2013, http://washjournalists.wordpress.com/2013/09/12/acces-a-lassainissement-lafrique-se-projette-au-dela-de-2015-avec-plus-dambitions/ (20-09-2013).

Commentaire by florence higuet

Alors que les Nations-Unies sont dans le processus de définition des objectifs pour le développement post-2015, les Etats africains tirent le bilan de l'Objectif du Millénaire pour le Développement ayant trait à l'accès à l'assainissement dans le cadre de la réunion d'AfricanSan. Les résultats ne sont pas là, de nombreux efforts restent à faire. Une lueur d'espoir apparaît avec les futurs objectifs post-2015. Espérons surtout qu'ils seront suffisamment ambitieux et que des moyens adéquats et suffisants seront alloués afin que le droit humain à l'assainissement soit véritablement réalisé, c'est-à-dire l'accès de TOUS à des infrastructures sanitaires permettant d'assurer la dignité humaine. Si la défécation à l'air libre doit cesser, des alternatives concrètes, pratiques, durables, simples, peu coûteuses, adaptées aux contextes locaux urbains ou ruraux et adoptées avec et par les populations concernées doivent être mises en place.